Quand les Farfadets de Pyrôme se baladent
dans le Puy de Dôme


(13 au 28 juillet 1991)

Pour la première fois les Farfadets organisent un camp en dehors de chez eux. Ils ont loué une maison qui se trouve à 100 mètres d'un village qui s'appelle Cadebaud, à 30 km au sud de Clermont Ferrand. Cette maison se compose des petites chambres et d'une grande salle de séjour qui est prolongée par une terrasse ; elle appartient à Marie-France qui a créé une petite Association pour les handicapés mentaux, Arc en Ciel.

Je m'étais inscrit à ce camp. Donc le samedi 13 juillet à 10 heures du matin, le petit car des Farfadets s'arrêta devant chez moi au Peux pour me prendre. J'habite un hameau complètement paumé au bord d'une route où défilent des centaines de voitures et de camions. Au volant du car, il y avait Alain le Barbu. Les autres passagers étaient Marie-Jeanne, Anita, Isabelle et la Môme Estelle qui est la frangine de Fabienne. Le voyage commença. Il y a 400 bornes entre les Deux-Sèvres et le camp dans lequel Marius passait ses vacances avec Franck. On se restaura et on repartit pour arriver à Cadebaud. Là Arthur, dans son enclos, nous a accueilli par un de ses plus aimables "Hi Han". Il faut dire qu'Arthur est un brave âne. Nous sommes rejoints par Michel, Alain sans barbe, Nono et Olivier. Puis arriva un extra-terrestre d'une planète absolument inconnue à bord d'une étrange machine appelée fauteuil électrique. Il avait sur la tête un casque avec une antenne, un robot qui parlait à sa place. On a su que ce mystérieux personnage s'appelle Jean.

Le lendemain, on a employé la journée pour s'installer. Le soir nous allons dîner avec Marie-France dans la maison de l'Arc en Ciel à Clermont-Ferrand. Ensuite, nous assistons de loin à un feu d'artifice. Marie-Jeanne jugeant que son sac n'était pas en sécurité dans une voiture fermée, le laissa sur le trottoir (c'est une bizarre logique). Heureusement que Marie-France l'a récupéré.

Lundi 15, la maison débarque, Denise en tête ; l'après-midi on a fait une promenade, à pieds pour les uns et en fauteuil roulant pour les autres.

C'était Alain à barbe qui s'occupait de moi la plupart du temps ; il était de Nantes. Très sympathique, souriant et toujours prêt à rendre service. Quand on sortait, c'est lui qui conduisait le car des Farfadets.

Le 16, nous sommes allés voir le château de Busseol Vic Le Conte, construit au douzième siècle sur une hauteur. Les pousseurs de fauteuils ont souffert dans la montée raide. Ils suèrent sang et eau, mais arrivés au but, on s'aperçut que le chemin aurait permis au car de monter avec les fauteuils et nous.

Il y avait d'autres châteaux du Moyen Age plus ou moins en ruines. Dans certaines petites villes comme Billon, on a gardé (pour les touristes) des vieux quartiers qui datent de l'époque médiévale avec des rues étroites et des pavés usés et arrondis par le temps. L'unique caniveau se trouve au milieu de la ruelle. Ce jour là Jean partit seul pour explorer avec son fauteuil électrique qui disjonctait souvent (je n'ai pas très bien compris pourquoi). Cela lui arriva, il put expliquer à un passant comment remettre en route son engin. Alain le Nantais s'est mis à sa recherche avec le car, mais Jean est revenu par ses propres moyens. On l'a retrouvé à quelques mètres de la maison.

Nous avions eu un très beau temps pendant le camp, nous sortions tous les jours. On pouvait prendre sur la terrasse des bains de soleil et on pouvait également déjeuner et dîner à l'ombre des arbres.

Le 18, au cours d'une partie de pétanque sur le mont de Notre Dame de Roche, Anita nous montra son adresse.

Un autre jour, nous avons visité la ville de Billon. On a déjeuné sur l'herbe dans un parc. Jean, notre extra-terrestre, a croqué à belles dents deux cuillères en plastique. Ca laisse supposer que cette matière est la nourriture principale sur sa planète.

A la fin de la première semaine Estelle est partie. Nous sommes allées à Clermont-Ferrand pour faire quelques achats. Cela m'a fait du bien d'avoir un contact avec la civilisation moi qui vis dans un trou de campagne. Dimanche soir nous allons à Sallèdes, un village où les habitants tirent le feu d'artifice du 14 juillet le 21, et il est suivi d'un bal. L'infirmière qui venait chaque matin pour me faire des soins habitait ce village. Elle était d'une grande gentillesse. Un jour elle nous a apporté une quiche et une autre matinée, deux énormes tartes. A la veille de notre départ, elle me fit cadeau d'une petite brouette que son mari avait fabriquée et dans laquelle elle avait piqué des fleurs séchées.

Au début du camp, il n'y avait que quatre valides pour huit handicapés, mais Yves est venu et puis arriva Laurence avec son amie Marie-Thé (IMC), Sacha et Véronique qui avait un petit car.

Lundi 22, nous sommes allés au sommet du Puy de Dôme qui domine toute la région, c'est un ancien volcan. On a gravi ses 1 465 mètres avec les deux cars, il avait des personnes qui faisaient du parapente. Là-haut nous avons découvert un magnifique paysage, au loin on voyait Clermont-Ferrand. Gérard dit en se tournant vers Marie-Jeanne : "Putain c'est beau !".

Le 23 presque tout le monde a été se baigner dans un lac, sauf moi car je voulais jeter quelques notes sur le papier pour ce compte-rendu. Marie-Jeanne est restée pour me tenir compagnie. Le soir, nous sommes allés au spectacle monté par les jeunes d'une colonie EDF. Ils interprétaient les chansons qu'ils avaient composées, c'était très bien.

Le lendemain on va à Montcel pour rendre la visite que la Maison du Four nous avait faite. Léa n'était pas là, elle était en vacances. Après le déjeuner, nous allons à pied ou en fauteuil roulant voir le village.

Un matin, Yves qui est infirmier de son état, décida de changer lui-même une pièce à sa voiture. Il n'y parvint pas malgré des heures d'efforts surhumains. Il fut forcé de s'avouer vaincu et il confia son véhicule aux mains d'un garagiste qui a mis la pièce assez rapidement. La morale de cette histoire : quand on est une automobile, il vaut mieux recevoir les soins d'un garagiste que d'un infirmier.

Une fois, j'ai joué une partie de jeu de dames contre Olivier, j'ai reçu une raclée maison. Un autre jour, j'ai fait aussi une partie avec Jean, ce fut un combat sans merci digne des samouraïs. A la fin, Jean n'avait plus qu'une dame avec laquelle il bloqua le seul et unique pion qui me restait.

Isabelle et Anita nous faisaient découvrir leur talent de pâtissières en nous faisant des gâteaux.

Le 25 nous sommes allés chez un apiculteur qui nous a fait un exposé très intéressant sur les moeurs des abeilles et sur son travail pour épurer le miel. Nous lui avons acheté quelques uns de ses produits : du miel, des bonbons et du pain d'épices.

Le matin du 27, la veille de notre départ, on prépara les bagages. L'après-midi nous allons à Gergovie où se trouve le monument de Vercingétorix chef de la tribu gauloise des Arvernes (il lutta contre Jules César). Nous sommes allés le soir au restaurant où on nous a servi un excellent repas. A la fin Gérard a voulu que nous fassions un banc d'honneur pour les cuisiniers.

Le lendemain, le camp se terminait. On a emmené à la gare Alain sans barbe et Olivier pour qu'ils prennent leur train. La soeur et le beau-frère de Gérard sont venus pour le chercher avec Nono. Marie-Thé, Isabelle, Anita et moi nous avons pris place dans le car des Farfadets pour revenir dans les Deux-sèvres. Au volant, il y avait toujours Alain ; les autres valides sont restés pour mettre la maison en ordre. Nous avons fait une halte pour déjeuner, mais nous nous sommes aperçus avec désespoir que Marie-Jeanne avait oublié les couverts. Nous sommes bien arrivés à bon port. Vivement l'année prochaine pour qu'on recommence.

René Chausboeuf alias Papy Pop