Chacun a ses opinions,
chacun a son caractère



Sur le conseil de Pierre Leflon, j'ai écrit à Jean Claude qui m'a raconté son histoire, que je vous livre.


René tu me demandes la nature de mon accident : un accident simple... C'était fin Juin 1971 et j'avais un garage. C'était en fin de semaine et les clients qui venaient reprendre leur voiture me disaient "venez prendre un verre patron". Puis, le soir venu, je fermai le garage et je suis parti avec une DS 21 spéciale. En route je rencontrai un arbre que je n'avais pas vu ; de ce fait je ne l'ai pas loupé.

Transporté à l'hôpital, je suis resté 7 mois en réanimation, dans un coma profond. Ensuite je fus baladé d'hôpital en hôpital ; je ne parlais plus, je n'avais même plus la force de prendre un verre sur la table de chevet pour boire.

Mais je n'ai jamais désespéré, je me suis accroché. Fin 1973, cela allait bien mieux et j'avais retrouvé l'usage de la parole. Comme tu dois le savoir, René, la plupart des accidentés de la route finissent dans un CHS (Centre Hospitalier Spécialisé). Dans le temps cela se nommait un asile pour caractériels.

Je suis resté 5 ans dans ce CHS puis en 1976 je suis allé en Colonie de Vacances APF où je n'ai rencontré que des gens charmants, qui ont été très surpris que je vive dans un asile. Ils ont tout fait pour moi et 3 ans après je me suis vu transférer dans une maison de repos, un vrai mouroir.

Puis une dame que j'avais rencontré en 1976 dans ma Colonie me propose des vacances à Toulouse, don j'ai pour la première fois rencontré Pierre Leflon qui m'a pris dans mon mouroir et m'a emmené à Toulouse. Mais la soirée nous l'avons passée à la Maison du Four où nous avons été très bien reçus. Nous avons mangé puis nous avons dormi à cet endroit.

Le matin nous sommes partis pour Toulouse où Annick Terrien nous attendait. Nous avons passé de bonnes vacances et j'en garde un très bon souvenir. Pierre m'a raccompagné à la gare et me voilà de nouveau dans mon mouroir.

Puis cette dame - appelons la Louise - est venue me voir et elle m'a dit qu'elle me sortirait de cette maison.

Fin 1983, ce fut chose faite et je suis arrivé à Meaux Beauval dans une chambre chez Louise. Six mois après, j'étais dans un studio. Louise m'a présenté dans un foyer où je pouvais m'occuper et là, je venais deux à trois fois par semaine tenir la buvette pour les résidents. Cette buvette se trouve dans la salle de loisirs.

En 1984 j'ai rencontré une demoiselle qui est handicapée de naissance IMC. Nous avons parlé ensemble ; elle était venue en vacances dans le foyer Pierre Foucault de Meaux et nous avons parlementé. Nous avons décidé d'en reparler lorsqu'elle reviendrait l'année suivante.

Elle est donc retournée dans son pays à Bordeaux. Un an après, de retour de vacances, nous avons décidé de prendre un appartement pour y vivre ensemble. Je fus convié à une réunion de famille, puis je me suis vu invité à passer mes vacances avec eux dans leur maison de campagne à Benet en Charentes.

Nous avons eu un appartement type F3, pui un an après, profitant que ses parents fêtaient leurs 40 ans de mariage, nous nous sommes fiancés et un an après nous nous sommes mariés. Comme ma femme, ses parents et moi même nous avons la foi et nous sommes passés par l'église.

A Meaux nous allons tous les jours au foyer. Il y a une association de résidents dont nous faisons partie du bureau : mon épouse est Vice-Présidente et Secrétaire, moi je suis trésorier adjoint et responsable de la buvette en salle de loisirs.

Nous faisons nos comissions, nous touchons l'AAH tous les deux et nous avons une allocation compensatrice afin de rémunérer une tierce personne.

Nous allons chaque semaine à la délégation APF en plus du foyer. Nous faisons partie d'un groupe jumelage avec la Suisse, ce qui nous permet d'aller en Suisse une fois par an, et de les recevoir une fois par an également.

Donc tu vois, René, que pour moi tout va bien, nous n'avons jamais souffert sans se connaître ; nous avons gardé le moral. Et puis il faut dire qu'il y a plus malheureux que nous.

Quant à l'avenir, René, nous l'envisageons comme actuellement : nous sommes heureux et nous resterons heureux.

René, je crois avoir répondu à ce que tu souhaitais et j'espère que cela te permettra d'écrire un article dans le journal de Béthanie, que nous recevons et lisons avec un grand plaisir.

Excuse l'écriture car par le passé j'étais gaucher et il se trouve que je suis hémiplégique gauche...

Jean Claude